Mohair de l’Erdre. Un projet lié au Vivant

Des nuits en tipi pour une immersion en pleine nature, aux visites des publics ou aux créations en laine, la ferme Mohair de l’Erdre résulte d’une volonté d’harmonie avec la nature. Gwenaëlle et Didier Paumier nous ouvrent la porte des champs.

Les chèvres angora se repaissent avant la tombée de la nuit / © Pauline Guillet

Je souhaitais retrouver cette sensation conviviale d’accueil et d’échange, enfant, dans le gîte de mes grands-parents.« , témoigne Gwenaëlle Paumier. Auparavant conseillère clientèle, l’exploitante agricole récemment reconvertie a le sens du contact. Avec son mari Didier, ils souhaitaient créer un projet à leur image. C’est dans la commune de Casson, près de Nantes, que leur étonnante ferme a vu le jour cette année.

Sur une des parcelles qui constituent le domaine de seize hectares se dressent six tipis chacun baptisé selon des noms de constellations. “Les étoiles se voient particulièrement bien du fait de l’absence de pollution lumineuse. », explique Gwenaëlle. Les pics géants de ces grandes tentes ouvrant sur le ciel ont été taillés par un exploitant forestier. Enroulés sur eux-mêmes tels des mikados, ils créent une petite ouverture laissant échapper les vapeurs des feux que l’on peut allumer au centre. Si les yeux se laissent surprendre par le ciel constellé, les pieds sont bien ancrés sur terre, à même le sol dans l’herbe ou sur de confortables matelas. Proposées d’avril à octobre, les nuits en tipi sont la garantie d’un moment de partage hors du temps, loin du tumulte sonore et visuel de la ville.

Dans l’ici et maintenant

L’établissement abrite onze chèvres angora au “pouvoir thérapeutique”, apaisantes pour les publics qui leur rendent visite. Les enfants ainsi amusés et les familles attentives, Gwenaëlle sensibilise à la nature et témoigne de la nécessité d’éduquer au respect du vivant, base de toute vie en pleine conscience. Avec la laine mohair, elle tricote également des plaids et d’autres douceurs à offrir pour les saisons froides ; des ouvrages à retrouver sur les marchés de créateurs notamment en fin d’année.

Didier a quant à lui un projet collaboratif de verger permacole. On travaille avec la nature tout en respectant son rythme., résume-t-il devant le lopin de terre réservé à cette fonction future. Située sur le circuit du Chemin creux de Casson, un très beau parcours nature de seize kilomètres aux longues allées d’arbres noueux, la ferme Mohair de l’Erdre est pensée comme un tout. Dans une démarche holistique où tout est interrelié, elle invite au retour à l’essentiel.

MidiMinuitPoésie. Sensibiliser par les mots et les arts

Du 12 au 16 octobre dernier se tenait la 21ème édition du festival MidiMinuitPoésie dans différents lieux de Nantes. Entre lectures-concerts, performances et tables rondes, MidiMinuitPoésie questionne le monde : l’écologie et l’immigration sont les deux thématiques de cette année.  Entretien avec Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie.

Aux pieds de la Maison de la Poésie / © Pauline Guillet

Le quartier du Bouffay à Nantes est l’un des cœurs de la ville. Une vieille bâtisse à colombages, tout en hauteur, abrite la Maison de la Poésie, initiatrice de MidiMinuitPoésie, ce festival qui mêle arts poétiques, visuels et rythmiques.

L’entrée est étroite, à l’image du bâtiment et débouche sur un espace plus large aussi dense qu’aéré. Les livres habillent intelligemment les murs de la pièce principale, mi-lieu de vie, mi-bureaux d’Annaïck, administratrice, et de Yoann, chargé de communication et de médiation culturelle. Malgré son planning serré, Magali Brazil nous accueille un peu plus loin, dans son espace de travail.

Créé en 2000, MidiMinuitPoésie a connu plusieurs éditions avant de connaître sa forme actuelle déclinée sur cinq jours. Il s’agissait initialement d’une Nuit de la Poésie. Cet esprit a été conservé au Lieu Unique par un temps fort qui fonde l’esprit du festival et qui clôture chaque édition” : “un marathon de douze heures de midi à minuit avec des lectures, lectures-concerts, entretiens et performances.”

Le fond et la forme au service d’un engagement

Le festival mêle avec harmonie fond et forme où les lieux, interdisciplinaires, s’associent aux artistes et au public. Deux thématiques sensibles se dégagent en 2021 : l’écologie et plus largement le sentiment de la nature, ainsi que l’immigration et la notion d’hospitalité. Des scènes sont ainsi disséminées dans Nantes, dans des lieux choisis, allant du Café CafK aux scènes nantaises comme le Lieu Unique et le Grand T, mais également des lieux qui sortent d’un contexte culturel comme “Les 5 Ponts, sur l’Île de Nantes, un lieu unique en Europe qui mise sur la mixité des publics.” On apprend notamment la présence de l’association Les Eaux Vives qui y propose des aides aux plus démunis, et d’un restaurant solidaire : “On y a installé une scène dans le patio intérieur” nous précise Magali Brazil avant de poursuivre : “Cela permet aussi d’attirer ce public qui ne viendrait jamais au Lieu Unique ou dans les lieux artistiques.

Tout au long de la semaine, les performances de Cosima Weiter et du “réfugié poétique” guinéen Falmarès, les textes de Lucie Taïeb, d’Esther Tellermann, de Cyrille Martinez, de Patrice Luchet, de Bertrand Belin, de Nii Ayikwei Parkes et de bien d’autres, accompagnés par les instruments de Guillaume Hazebrouck, de Thibault Frisoni, d’Alexandre Simon, entre autres, ont créé un spectacle à la fois visuel et rythmique, avec au coeur de la scène, la lecture, portant des voix variées et documentées sur le monde : “La poésie interpelle, elle conjugue la pensée et l’émotion.”, résume efficacement la directrice artistique.

La Maison de la Poésie, une mission pédagogique

Très investie auprès des publics scolaires de la primaire jusqu’au lycée, la Maison de la Poésie est diversifiée dans ses actions participatives et programmations tout au long de l’année. Elle intervient aussi dans les EHPAD et au Conservatoire de Nantes. A l’instar du festival MidiMinuitPoésie qui associe lieux artistiques et lieux de vie, l’espace actuel de la Maison de la Poésie sera repensé dans le futur. Les locaux appartenant à la Ville de Nantes, il s’agirait d’exploiter chaque étage. En programmation notamment : la création d’un café restaurant faisant office de petite scène au rez-de-chaussée et d’une résidence d’auteur au dernier étage. De quoi éveiller un peu plus la curiosité des moins initiés.

Entretien réalisé par Audrey Guillamet et Pauline Guillet.